Le Parlement : Le Bâtiment

Histoire du Bâtiment

Histoire du Bâtiment

La longue histoire du bâtiment imposant du Parlement hellénique est étroitement liée à celle de l’histoire de l’Etat grec moderne. Ayant servi au départ de palais aux rois Othon et Georges, il devient, un siècle après, le Bâtiment de la Chambre des députés et du Sénat. Aujourd’hui, il abrite le Parlement hellénique, un symbole historique faisant partie de la mémoire collective. Au fil des temps, le bâtiment change, s’adapte et se modernise.
 
De 1836 à 1862

La colline de Boubounistra est choisie comme site pour la construction du palais d’Othon. Il s’agit d’un lieu central de la capitale, sûr et frais, avec vue sur l’Acropole et les limites de la ville. La proposition est faite par le directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Munich, architecte officiel de la cour bavaroise, Friedrich von Gaertner (1791-1847).

Les autres propositions écartées sont celles de Leo von Klenze pour le Céramique, de Ludwig Lange aux pieds du Lycabette, de Karl Friedrich Schinkel pour l’Acropole et de Stamatis Cleanthis et Eduard Schaubert pour le croisement des rues Pireos et Stadiou, l’actuelle place Omonia.

Le 6 février 1836, la première pierre est posée à l’extrémité la plus élevée de la ville. Le mois suivant, 520 personnes sont présentes sur le chantier. Architectes et artisans allemands, maçons allemands, grecs et italiens travaillent ensemble sur ce projet. A cette occasion, les carrières de marbre anciennes du Pentélique sont rouvertes.

Dans le respect du patrimoine de l’ancienne Athènes et dans la lignée des principes de la renaissance du classicisme urbain, Gaertner conçoit un bâtiment austère, fonctionnel et compact. L’accès y est assuré de tous les côtés, par quatre ailes extérieures dont chacune a deux étages, une aile médiane à un étage, deux cours et des escaliers qui permettent de circuler entre les étages.

Othon et Amalia, le premier couple royal, s’installent dans leur nouvelle demeure le 25 juillet 1843. Au sous-sol, il y a les dépôts ; au rez-de-chaussée, le secrétariat et le Trésor du palais avec les locaux auxiliaires, la chapelle catholique du roi, la chambre forte et les cuisines. Au premier étage sont situés la Salle du Trône, la Salle des Trophées, la Salle des Aides de camp, en enfilade la Salle de Bal ou Salle de Jeux et la Salle à manger, ainsi que les appartements privés du roi et de la reine qui communiquent entre eux et sont les espaces les plus luxueux du bâtiment.

Le deuxième étage est occupé par les appartements privés des enfants royaux, du majordome du roi et du personnel de la Cour.
Gaertner a non seulement élaboré les plans pour la construction du bâtiment, mais il a également conçu en détail la décoration intérieure de différentes parties de l’édifice. Au total, 247 de ses plans sont conservés et se trouvent au musée d’Architecture de l’Université Technique de Munich.

La grande richesse et la beauté artistique du décor conçu par Gaertner sont attestées par les quelques rares éléments architecturaux et décoratifs préservés, tels que l’escalier majestueux en marbre et les Salles des Trophées et des Aides de camp avec leurs fresques. Dans les locaux qui composent la Salle Elefthérios Vénizélos, la frise de 1,22 m de haut et de 78 m de long a été sauvegardée. Elle représente des événements de la Guerre d’Indépendance grecque et des portraits de combattants, sur la base de dessins conçus par le sculpteur Ludwig Michael von Schwanthaler avec la collaboration des peintres Philippe et Georges Margaritis.

Juste à côté du palais, la reine Amalia fait personnellement aménager le Jardin Royal, sur l’espace qu’il occupe encore aujourd’hui. La plantation est confiée, à la fin des années 1840, au paysagiste français François Louis Bareaud, qui établit les plans du réseau intérieur des chemins et détermine la forme et l’emplacement des éléments décoratifs, des bâtiments, des espaces d’eau et des zones clôturées.
 
De 1862 à 1922

Après l’expulsion du roi Othon en 1862, c’est le roi Georges 1er, arrivé à Athènes le 17 octobre 1863, qui s’installe au palais. Aussitôt après son mariage avec la grande-duchesse Olga en 1867, des additions et des modifications sont apportées au bâtiment, la plus importante étant la transformation de l’escalier de l’aile est et l’aménagement d’une chapelle orthodoxe dédiée à saint Georges au premier étage. En outre, le séjour d’une famille nombreuse dans le palais et l’accueil de nombreux dignitaires exigent la transformation de certains espaces et le changement d’usage de certains autres. Cependant, les transformations et les interventions s’imposent surtout après les deux grands incendies du palais : le premier, en 1884, réduit en cendres le premier étage de l’aile nord ; le second, plus important, en 1909, détruit totalement l’aile centrale et les parties correspondantes des ailes est et ouest, obligeant la famille royale à s’installer au palais d’été de Tatoï. Les monarques retournent vivre dans leur palais en 1912, bien que les travaux de réparation soient loin d’être prêts, et les événements politiques et économiques des années suivantes – guerre balkanique, assassinat du roi Georges 1er et déclaration de la Première Guerre mondiale, interrompent la restauration du bâtiment.
Après l’assassinat de Georges 1er, son héritier Constantin prête serment et utilise comme palais sa résidence de la rue Hérode Attique (l’actuel Palais présidentiel). Dans l’ancien palais résident, de temps à autre, des membres de la famille royale et la reine mère Olga jusqu’en 1922, année de son départ définitif de Grèce.
 
Période transitoire

L’année 1922 marque un tournant dans l’histoire du bâtiment. Il est abandonné définitivement par la famille royale, et la conjoncture historique impose de nouveaux usages. Il héberge en même temps des services publics, des institutions sociales privées et des organisations internationales qui se coordonnent pour affronter les problèmes complexes nés de la perte de d’Asie Mineure, ainsi que des services installés par le gouvernement pour faire face à ses besoins permanents croissants. C’est ainsi que la deuxième décennie du XXe siècle voit s’installer plusieurs services appartenant aux ministères de l’Agriculture, de l’Armée, de la Santé, ainsi que l’Agence internationale pour les migrations, la Police urbaine, l’Association chrétienne de jeunes filles, la Croix-Rouge hellénique, la Ligue internationale des femmes, etc. Par ailleurs, il y existe un dispensaire pour nourrissons, une pension pour étudiants, un hôpital et orphelinat de la «Near East Relief», aussi bien que les laboratoires Benaki. Les appartements de Georges 1er et la chapelle au rez-de-chaussée abritent les biens de la Couronne déposés en 1935 auprès de la Société historique et ethnologique (actuellement musée national d’Histoire).

Jusqu’en 1925, les interventions à l’intérieur du bâtiment se font sans plan et visent simplement à diviser de grands espaces en plus petits. La seule nouvelle construction est celle d’un petit bâtiment en 1925, dans la cour de l’ancien palais, connu jusqu’aujourd’hui sous le nom de « Petit Palais ».
En 1927 le « musée des Souvenirs de Georges 1er » est inauguré comme annexe au musée national d’Histoire, qui fonctionne jusqu’en 1930 et entre 1936 et 1941.

La construction, en 1928, du Monument au Soldat inconnu, conçu par l’architecte Emmanouil Lazaridis, modifie le rapport entre la façade du bâtiment et l’espace environnant.
 
De l’ancien palais au bâtiment du Parlement hellénique

En novembre 1929, après de longs débats au Parlement, le gouvernement Elefthérios Vénizélos décide de s’installer avec le Sénat dans le bâtiment de l’ancien palais. Les travaux d’aménagement du bâtiment, d’après les plans conçus par l’architecte Andreas Kriezis, pour y loger la Chambre des députés et le Sénat, constituent la plus grande intervention apportée à l’édifice depuis sa construction initiale. Il faut agir sur la structure porteuse des ailes, démolir la partie centrale et en construire une nouvelle pour y installer les salles de réunion des deux Assemblées.
 
A l’extérieur, le plus grand changement apporté, sans changer la forme ni l’esthétique du bâtiment, est la nouvelle entrée nord, avec un portique à six colonnes doriques muni d’éléments empruntés aux autres portiques décorant les façades est et ouest.

Des changements dans la décoration intérieure et l’agencement des espaces s’avèrent nécessaires pour répondre aux nouveaux usages totalement différents du bâtiment. Au rez-de-chaussée, sont aménagés les bureaux du Premier ministre et du président du Parlement et au premier étage, les services du Parlement. Au deuxième étage, la bibliothèque du Parlement et, en 1934, le Conseil d’Etat, qui y reste jusqu’en 1992.

Le 1er juillet 1935, la Ve Assemblée Nationale inaugure solennellement ses travaux dans la nouvelle salle de l’Assemblée plénière. Depuis cette date, le Parlement hellénique est logé dans cet édifice.
 
 
Le Parlement hellénique aujourd’hui

A partir de 1975, les travaux nécessaires sont effectués afin de moderniser le bâtiment et d’assurer le fonctionnement optimal de ses services en exploitant les possibilités offertes par les nouvelles technologies, les outils contemporains et l’équipement neuf.

La plus grande intervention en matière d’infrastructure est le parking en sous-sol sur cinq niveaux réalisé sous le périmètre du Parlement, qui a désengorgé les espaces environnants et remis en valeur le bâtiment.

Parmi les interventions esthétiques les plus marquantes à l’extérieur de l’édifice, il faut mentionner les statues de Charilaos Trikoupis et d’Elefthérios Vénizélos, œuvres du sculpteur Yiannis Pappas, installées dans la cour ouest et visibles de très loin. En 2003, une autre statue est venue s’ajouter dans la cour est, celle de la Mère, œuvre de Christos Kapralos.

En 2002, le Monument de la bataille de Pindos, de Christos Kapralos, est placé dans la cour devant l’entrée de la plénière. Cette frise, de 40 m de long et 1,10 m de haut, représente plusieurs étapes successives: la Paix, la Guerre, l’Occupation, la Résistance, de nouveau la Paix et la Réconciliation. C’est ainsi qu’un lien intéressant est créé – sur le plan artistique et symbolique – avec la frise peinte de la Salle Elefthérios Vénizélos.
Les travaux de restauration et de réhabilitation des peintures de cette salle, ainsi que des salles de la plénière, du Sénat et du Salon des députés, ont été récemment achevés.
 
En avril 2009, une exposition présentant ce parcours historique du bâtiment a été inaugurée, accompagnée d’un ouvrage scientifique collectif intitulé Le Bâtiment du Parlement hellénique.
 
Une étude scientifique bien documentée fait ressortir l’image d’un édifice dont l’extérieur n’a pas changé mais qui dispose de capacités énormes d’adaptation aux besoins d’une organisation complexe.